mardi 10 février 2009

L’homme éduqué: une espèce en voie de disparition

Voici un article en primeur, qui paraîtra dans le prochain Bagou.

Par Olivier Jacques

Tellement de jolies filles déambulent au Cégep du Vieux Montréal en cette rentrée hivernale, des filles partout ; beaucoup de filles. Avez-vous déjà remarqué à quel point vous êtes nombreuses au Cégep ? Il me semble que ce ne sont presque que des filles qui entrent au magasin de livres usagés à l’Association Étudiante. Je compte environ 30 filles dans mon cour de français 4, pour moins d’une dizaine de garçons. C’est normal ! Cela suit simplement la moyenne du Cégep du Vieux Montréal où 72% des étudiants sont des femmes. Ce pourcentage énorme demeure un peu plus élevé que la moyenne provinciale : 67% d’étudiants féminins dans l’ensemble du réseau des Cégeps. «Chill, tant mieux» diront certains. Malheureusement, cette situation cache un malaise et un problème extrêmement sérieux. Où sont les garçons ? Que font-ils, s’ils ne sont que 28% au Cégep du Vieux ? Ils fument du pot, chôment ou travaillent à temps plein au salaire minimum ? On peut certainement établir un lien direct entre l’immense taux de décrochage scolaire chez les garçons au secondaire (40% !) et leur absence remarquée dans le réseau des Cégeps. Cet énorme pourcentage de garçons qui ne finissent pas leur secondaire risque fortement d’avoir des impacts évidents sur la société de demain où l’éducation semble être un préalable pour parvenir à jouer un rôle dans une économie mondialisée. Certes, quelques hommes reviennent à l’école pour obtenir leur D.E.S ou font un D.E.P, mais une bonne partie d’entre eux demeureront sous scolarisés, avec toutes les conséquences que cela entraîne : exclusion sociale, aliénation, perte de compétitivité, manque de conscientisation et chômage. Une si grande masse d’hommes peu éduqués, inaptes aux emplois nécessitants une formation moindrement poussée, est un terreau fertile pour les idées populistes de droite qui s’appuient depuis la nuit des temps sur la frustration et l’exclusion sociale. Une société peu éduquée est facile à manipuler et ne parviendra jamais à prendre en main sa destinée.

Il semble que les hommes éduqués deviendront une denrée rare si la tendance se maintient. Car tendance il y a. L’écart entre le taux de diplomation chez les garçons et les filles s’accroît avec les années. Le système d’éducation dans sa forme actuelle soit infiniment mieux adapté au comportement souvent plus attentif des filles. Il est impératif trouver un moyen d’intéresser et d’éduquer adéquatement les garçons turbulents, car, selon le ministère de l’éducation, 25% des jeunes garçons sortent du primaire avec un retard d’apprentissage marqué. Un retard difficile à rattraper. Il faut qu’ils fassent du sport, de l’art, des projets, qu,on les conscientise avec des enjeux qui les touchent. Espérons que la réforme stimulera un peu plus les garçons…

Dans quelques années, les femmes auront probablement comblé la plupart des écarts salariaux qui existent malheureusement encore entre elles et les hommes. Mieux, elles seront plus scolarisées, donc plus aptes à occuper des postes importants. La société de demain sera enfin menée par les femmes, ce qui pourrait nous faire progresser et amener une nouvelle vision. Rappelons que plus de 60% des nouveaux Bacheliers dans plusieurs domaines sont des femmes. Sauf que l’idéal demeure l’atteinte d’un équilibre homme-femme, où chacun a sa place. Malheureusement, de plus en plus d’hommes ne trouvent plus leur place. Cela se reflète dans de nombreux téléromans québécois où les hommes se cherchent, n’arrivent pas à s’engagés et semblent désemparés face à la vie. Comment certains hommes réagiront à cette perte potentielle d’influence et d’emprise sur la vie sociale, politique et économique ? En devenant «masculinistes», en se révoltant ? Je suis convaincu que les femmes prendront une importance prépondérante dans notre société et changeront radicalement les rapports sociaux pour le meilleur et pour le pire. Laisser toute la place aux femmes, ne mènera pas à un monde meilleur que celui créé par la domination des hommes. Il y a un important travail de réflexion et de recentrement qui devra être fait

En 1929, la cour suprême du Canada reconnaissait enfin la femme comme une personne (c’est écrit sur les billets de 50$). 1929 ! À peine 100 ans plus tard, le Canada aura probablement une première ministre et une ministre des finances. Quel revirement de situation ! Entre temps, le mouvement féministe ne perd pas de son sens. L’idéologie rétrograde du gouvernement conservateur voile à peine ses intentions de nous faire revenir en arrière en redéfinissant le rôle de la femme vers une dimension plus «traditionnelle». Les associations de femmes s’accordent toutes pour dire que la lutte n’est pas terminée. Sauf que la lutte doit se faire avec les hommes et non pas contre eux. Espérons que le changement social amené par l’émancipation complète et finale de la femme ne se fera pas au détriment des hommes. Les féministes ont toujours proclamé l’égalité hommes-femmes et le mot clé dans cette phrase, c’est égalité.

3 commentaires:

Stéphane a dit...

Très préoccupantes, en effet, les données sur le décrochage scolaire des québécois et québécoises. Votre préoccupation particulière pour le décrochage des garçons est justifiée et mérite d'être approfondie. Pourquoi, aujourd'hui, ce haut taux de décrochage et pourquoi ce décollage du décrochage masculin en particulier. Je doute que les féministes soient en causes. Aussi, il faut se rappeler qu'on a déjà dit que l'école n'était pas faites pour les filles... il ne faudrait pas céder à la tentation inverse de tout mettre sur le dos du système scolaire "féministe" comme le prétendent les masculinistes. Une chose est certaine, une analyse sociologique prenant en compte la socialisation différenciée peut nous aider à mieux comprendre le phénomène et qui sait, à viser une meilleure scolarisation pour tous.

Je vous invite à lire entre autre Échec scolaire: l'Effort dévalorisém de Valérie Dufour, dans le Devoir, samedi 17 novembre 2001, p. B15.

Stéphane a dit...

Pour alimenter la discussion, voici un texte signé par des fémnistes mais aussi par des sociologues et des progressistes qui critiquent l'idée selon laquelle l'école serait féminisée et favoriserait ainsi les jeunes filles. A prendre pour ce que c'est: des éléments de réflexions.

http://sisyphe.org/spip.php?article744

La sociologue Céline St-Pierre s'est fortement intéressé à la problématique.
Lire aussi:

http://www.exedre.ca/dossier/dossier_1.htm

Finalement, un petit documentaire que je n'ai pas encore visionné. Mais le titre est évotateur:

http://citoyen.onf.ca/node/475&dossier_nid=1229

Ce serait intéressant d'en rediscuter.

Anonyme a dit...

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